____________________________________
S on pouce effleure les feuilles et tourne les pages à l'aide de son index. Le reste de sa main appuyé sur le dos de ce roman le manipule délicatement, ses yeux se perdent sur la couleur de la reliure, imaginant tous ces paysages, ce monde inconnu où son imagination divague au fil des lettres, au fil des mots, au fil des phrases, au fil des pages. Les livres, simple assemblage de papier, produits d'écriture, de traduction, d'édition, d'imprimerie ? Ils sont bien plus que cela. Ils sont son oxygène et son soleil à la fois. Ils sont à eux seuls tous les éléments essentiels à sa survie et sont bien plus important que tout cela. Plus qu'un loisir, plus qu'une passion, la lecture était devenu pour elle une véritable drogue dont elle ne pouvait et ne pourrait plus jamais se passer. Les auteurs l'emmenaient sous le chaud soleil Africain mais un livre plus loin elle pouvait se rafraichir dans la mer des Antilles et nageant d'un livre à un autre elle découvrait tout, la géographie, l'histoire, les cultures et entrait à chaque lecture dans la peau du personnage. Que ce soit le froid du Nord, les guerres du monde c'est ainsi qu'elle avait tout connu, la pauvreté, la richesse, l'amour, le désespoir, la haine, le deuil, la mort... tant de situations et de sentiments qui lui avaient toujours été inconnues jusqu'alors. De livres en livres, de voyages en voyages, elle apprenait, elle se construisait et elle rêvait. Elle rêvait que l'un de ses nombreux livres l'aspire pour pouvoir changer de vie, pour pouvoir changer de peau et d'histoires. Le monde, la vie l'étouffait et la lecture était sa bouffée d'air frais. Les mots étaient plus qu'un assemblage de lettre, ils étaient la clé du rêve, de l'espoir, de la libération. La clé qui ouvrait la porte du rêve et lorsqu'elle franchissait cette porte à ce moment là elle vivait enfin, ni avant, ni après, juste à ce moment présent.
____________________________________